Cher oncle Abdelkader,
Dans l'ombre de la tour Eiffel, j'ai tissé des rêves de retrouvailles, mais le voile du temps a gardé tes fils et ta femme hors de mon regard. J'ai appris, par un murmure d'Internet, que ton fils a embrassé le succès académique cette année, et par un hasard des plus improbables, j'ai conversé avec ta petite-fille. Mais les étreintes, les voix chaleureuses, les regards croisés... tout cela m'a été refusé. Quel gâchis tragique!
Vous, le docteur, vous connaissez les ravages d'une carence affective, cette déshydratation de l'âme qui ronge de l'intérieur. Ce que vous enseignez à vos enfants, ce silence, ce n'est pas ce que l'on attend d'un Bachounda. Si ce message déjoue les ombres pour atteindre votre conscience, sachez-le : vous êtes et resterez mon oncle, mon cœur se réchauffe à votre nom.
À Bordeaux, vous ne saisissez pas le téléphone, ne lançant jamais un salut dans l'éther. Votre numéro, fidèle gardien de votre mémoire, n'a jamais été changé. Les factures téléphoniques, vestiges de votre présence, continuent de s'accumuler en votre nom - un hommage silencieux à votre existence.
On parle des émigrés comme des fantômes, des âmes perdues dans l'oubli. Mais vous, oncle Abdelkader, êtes-vous encore parmi nous? Parlez, faites entendre votre voix aux fils de votre frère. Ils ont grandi, leurs vies se sont étoffées de mariages et de progénitures. Vos neveux, vos nièces, ne désirez-vous pas connaître ces reflets de votre sang?
La retraite vous a libéré du carcan du travail. Mohammedia vous attend, ses ruelles chargées d'histoires et de souvenirs. Venez, et vous découvrirez que le temps n'a pas effacé notre affection.
Demain, mon anniversaire se profile à l'horizon, et dans ce suspense palpitant de l'attente, je guette un signe de vous, une parole, un écho de votre présence.
Avec une anticipation pleine de frissons,



